Militer autrement ?

L’arrivée des grandes vacances signe la fin de l’année scolaire mais aussi et surtout la fin d’une séquence électorale dont l’issue donne forcément à débattre.

Que penser des 5 dernières années ? Je me souviens des premiers mois du quinquennat. Nous nous sommes tout de suite posé la question du positionnement du Parti Socialiste lorsque la gauche était au pouvoir et du fait que nous n’avions jamais trouvé sa place dans cette situation. Nous avons eu peur. Nous avions raison. A aucun moment du quinquennat, le parti n’a su trouver sa place, bien qu’il ait essayé. Ni lorsque c’était facile, par exemple pour faire campagne pour le mariage pour tous ou pour promouvoir toutes les avancées sociales que nous avons permises, ni pour pousser à aller plus loin, par exemple sur le vote des étrangers ou sur le partage du temps de travail, ni pour s’élever quand vraiment la ligne jaune, voire rouge, était passée.

Les militant.e.s sur le terrain se sont sentis désarçonné.e.s, abandonné.e.s. Ils et elles sont parfois parti.e.s, quelques fois resté.e.s sans non plus trouver leur place dans le marasme ambiant.

Nous nous sommes trouvés des excuses, parfois à raison, comme le déferlement ou le silence des médias sur ce que nous essayions de faire au gouvernement ou dans le parti.

Et plus le temps passait, plus deux segments se séparaient dans notre parti. Pour la faire rapide, entre ceux qui pensent que la gauche de gouvernement est forcément libérale parce qu’ils sont soi-disant « réalistes » et ceux qui tentent de rapprocher la base sociale et la base électorale.

Les primaires devaient servir de clarification. Elles ont été longues à venir, beaucoup trop longues. Pourtant, les débats ont été de bonnes tenues. Comme en 2012, les uns et les autres ont évité les travers quasiment jusqu’à la fin. La conclusion du débat d’entre deux tours de Manuel Valls a été, pour moi, le déclencheur de ce qui s’en est suivi. En disant, « si je gagne, ça ira mais si je perds, ce sera une catastrophe », il signait l’arrêt de mort de la future campagne présidentielle.

Et nous avons vécu le séisme : 6,36%. 6,36% dans une campagne jamais vue, nauséabonde, troublée et rythmée par les affaires de quelques-uns, par les revirements des uns et des autres et avec un parti anéanti par ce qu’il se déroulait, quasiment impuissant. Beaucoup de militant.e.s se sont d’ailleurs demandé.e.s à quel point ce silence était volontaire ou pas. J’avoue n’avoir pas envie de connaître la réalité des choses tant elle me fait peur dans les deux cas : si c’était volontaire, nul besoin de dire pourquoi cela est impardonnable, si cela ne l’était pas alors, cela montrerait l’impuissance de ce grand parti historique face au déferlement des médias et à l’adoration du nouveau boyscoot du moment.

D’ailleurs, en parlant du boyscoot, vous aurez remarqué que je n’ai jamais, dans ce texte, mis en cause Emmanuel Macron. Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué mais je suis persuadée qu’il n’a fait que prendre la place du vide que nous avons laissé. Je pense donc que nous ne pouvons-nous en prendre qu’à nous-même (et je parle du Parti Socialiste dans son ensemble et non telle ou telle écurie.)

Je suis une militante du parti socialiste et proche de Benoît Hamon depuis près de 15 ans, je vais fêter mes 30 ans, vous comprendrez pourquoi l’écriture de ce texte m’est essentiel, voire, thérapeutique. Oui parce que franchement, depuis sa défaite, je ne comprends pas la stratégie de Benoît Hamon. Hier, il a pris la décision de quitter le Parti Socialiste, je ne le suivrai pas. Tout simplement, parce que c’est lui qui m’a appris que la gauche ne ferait jamais rien sans un parti socialiste fort et que j’y crois encore. Je comprends ceux qui partent aujourd’hui, mais je suis en désaccord stratégique avec eux. La réalité des faits : notre courant de pensée n’a jamais fait autant passer ses idées dans la société que lorsqu’il était dans la majorité de travail avec Martine Aubry et lorsque Benoît Hamon était porte-parole du parti. Si, une fois, récemment, quand Benoît a enfin pris la décision d’être candidat à la primaire socialiste en 2017 (vous ne m’empêcherez pas de penser que rien aurait fini pareil si la décision eût été prise en 2012, mais avec des Si…).

En pensant à mes camarades qui ont pris la décision de suivre Benoît, je pense forcément au visuel que le Parti s’est empressé de sortir après sa déclaration : « je suis, je reste au PS »… on aurait vraiment pu s’en passer. 1) parce qu’on a vraiment l’impression qu’aucun message de changement n’a été entendu et qu’entre nous, les gens se foutent totalement de savoir si tartempion reste ou non au PS… et 2) parce que nous serons bien contents de nous retrouver les uns et les autres quelques soient nos courants de pensée quand l’orage sera passé et qu’il faudra se battre pour reprendre les villes et/ou se battre pour défendre nos droits que l’actuel Président a prévu de casser, donc pas besoin de dédain ou d’arrogance….

Je ne quitte donc pas le parti socialiste (et je vous assure que tartempion s’en moque), je suis sans doute encore un peu utopique mais : j’ai confiance. Non pas en sa forme actuelle, évidemment, il faut savoir encaisser les défaites et entendre ce que le peuple nous reproche, mais j’ai confiance en une génération.

Il existe des cadres du Parti Socialiste qui ne pensent pas qu’à eux-mêmes et qui ont en ligne de mire une vie meilleures pour les français.e.s. Ils et elles sont divers.e.s mais suffisamment travailleurs.ses, intelligent.e.s et visionnaires pour inventer une nouvelle gauche, un nouveau parti socialiste dès lors qu’ils auront l’idée de réfléchir ensemble. Ils sont Mathias Fekl, Najat Vallaud-Belkacem, Luc Carvounas, Michel Pouzol, Anne Hidalgo, Laurianne Deniaud, Sarah Proust ou encore Pierre Jouvet (liste non-exhaustive et ils peuvent prendre comme marraines Christiane Taubira et Martine Aubry).

C’est à nous, militant.e.s socialistes ou juste sympathisant.e.s de gauche, de les pousser à se rapprocher et à faire exister cette gauche nouvelle dont les français ont besoin. Nous devons leur dire à quel points notre attente est haute et à quel point nous voulons les aider à réussir. Ce soir, c’est ce message d’espoir que j’avais envie de partager avec vous : Rien est terminé, tout commence aujourd’hui (ou plutôt à la rentrée).

Nous devons aussi aller voir ce qu’il se passe ailleurs, prendre le pouls et l’énergie qui nous a tant manqué ces dernières années : celui du monde associatif. Pour ma part, c’est ce que je vais faire. Si mon vœu de rapprochement se concrétise, je reprendrais goût au militantisme et vous me verrez toujours sur le terrain avec les militant.e.s socialistes. Mais j’avoue que si, en septembre, l’envie n’y est pas pour la génération dont je vous parlais, ce sera sans moi. Il faudra faire les choses en empruntant un autre chemin. J’irai donc militer autrement, dans l’associatif, vers d’autres engagements, sans quitter le parti qui m’est cher, mais en le regardant d’un peu plus loin. C’est aussi comme cela que nous reconstruirons la gauche, grâce à son autre jambe.

Je vous souhaite de belles réflexions durant cet été. Reposons-nous, il nous reste tant à faire.

 

 

 

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